À propos - H.N. Bhat

Moodbidri (Inde), 1920

Membre de 1956 à 1991

Né dans l'état du Karnataka, parlant le kannada et le tamoul, N. R. Bhatt possède une double culture dravidienne et sanskrite et est une autorité en ce qui concerne le çivaïsme, les tantra et les âgama.

N. R. Bhatt suit un enseignement général à Moodbidri (Karnataka), puis le cursus de cinq années d'études sanskrites à Karkala (Karnataka). Afin de se spécialiser dans les çâstra, il s'inscrit pour quatre années au Venkateshvara Sanskrit College à Tirupati. Les professeurs, tous renommés, sont soit adeptes de l'école de Madhva, reconnus pour leurs travaux sur la doctrine dvaita, soit Çrîvaishnavas. N. R. Bhatt tire avantage de cet environnement favorable. Il se spécialise dans la grammaire traditionnelle, étudiant particulièrement le Mahâbhâshya et ses deux grands commentaires Pradîpa et Uddyota. Il se tourne vers la recherche dès la fin de ses études en 1939, en travaillant à Madras pour l'Adyar Library and Research Centre comme bibliothécaire-adjoint et éditeur-ajoint de l'Adyar Library Bulletin. Parallèlement, il poursuit des études à l'université.

Ses premières études concernent l'âyurveda. Il prépare et publie une édition critique de trois textes de médecine : Vividhavaidyavisayagalu en kannada, Vaidyasârasamgraha en sanskrit avec un commentaire kannada et Sadrasamghantu. Il s'attache aussi à l'édition critique du Krtyakalpataru (Baroda, Gaekwad's Oriental Series, éd. K. V. Rangaswamy Aiyangar). Il travaille en collaboration avec A. Daniélou, musicologue, alors directeur de l'Adyar Research Centre, sur divers textes sanskrits, des Upanishad aux ouvrages sur la musique, ainsi que sur la préparation d'une large enquête touchant les textes sanskrits sur la musique.

En 1956, A. Daniélou intègre l'Institut français d'indologie à Pondichéry où il est chargé de publier des éditions critiques et des traductions françaises de textes sanskrits sur la musique. N. R. Bhatt devient, à sa suite, membre de l'Institut et le reste pendant 35 ans, en tant que responsable des études sanskrites ; c'est là qu'il rencontre J. Filliozat, avec qui il travaillera en étroite communauté d'idées.

C'est pour faciliter les contacts entre les chercheurs européens et les érudits indiens que J. Filliozat ouvre l'Institut français de Pondichéry en 1955. Il demande à N. R. Bhatt de mettre en lumière les sources écrites des religions pratiquées en Inde de nos jours, de collecter les manuscrits et d'en préparer les éditions critiques. N. R. Bhatt s'entoure d'une équipe de pandits et entreprend la quête de manuscrits çivaïtes chez les particuliers et dans les temples, à travers les États du Tamilnadu, du Kerala et du Karnataka. Ainsi, il réunit près de 12 500 manuscrits, en majorité çivaïtes, souvent incomplets ou composites, et publie les premières éditions critiques des âgama. Il édite le Mrgendrâgama et le Matangaparamesvarâgama dont demeuraient des commentaires de, respectivement, Nârâyanakantha et Bhatta Râmakantha, ainsi que le Rauravâgama et l'Ajitâgama pour lesquels aucun commentaire n'avait été retrouvé et dont les sources manuscrites étaient de qualité très variable.

La plus grande difficulté rencontrée dans l'étude de ces textes résidait dans la diversité des rituels qui ont évolué avec le temps et qui se sont mutuellement influencés. N. R. Bhatt donne un court aperçu de ses conclusions sur la nature de la religion çivaïte dans la préface du Descriptive Catalogue of the Manuscripts preserved in the French Institute (vol. 1). Il insiste sur le caractère original des écoles âgamiques et considère qu'il existe dans la religion indienne deux courants majeurs, âgamique et védique, qui ont évolué côte à côte avec de multiples rencontres au cours de l'histoire. Sa contribution majeure à la connaissance de la religion indienne est certainement d'avoir souligné l'importance de la composante tantrique dont la littérature représente la religion, la philosophie et la culture de la majorité de la population. Au contraire, les rituels védiques, qui avaient occupé jusque-là l'attention des chercheurs, sont minoritaires. Les recherches de N. R. Bhatt sont reconnues internationalement, et il préside à plusieurs reprises les sections traitant des âgama et autres littératures tantriques dans des congrès de sanskrit.

 

Source

N. R. Bhatta Felicitation Volume, P.-S. Filliozat, S. P. Narang, C. P. Bhatta éd., Delhi, Motilal Banarsidass, 1994, p. 13-14.


Publications

1959

(en coll. avec A. Daniélou), Textes des Purânas sur la théorie musicale, vol. 1, éd. critique, trad. française et introd., Pondichéry, Institut français d'indologie (PIFI, 11).

1959

(en coll. avec A. Daniélou), Le Gîtâlamkâra. L'ouvrage originel de Bharata sur la musique, éd. critique, trad. française et introd., Pondichéry, Institut français d'indologie (PIFI, 16).

1961-88

Rauravâgama, éd. critique, 3 vol., Pondichéry, Institut français d'indologie (PIFI, 18).

1962

Mrgendrâgama (Kriyâpâda et Caryâpâda) avec le commentaire de Bhatta Nârâyanakantha, éd. critique, Pondichéry, Institut français d'indologie (PIFI, 23).

1964-91

Ajitâgama, éd. critique, 3 vol., Pondichéry, Institut français d'indologie (PIFI, 24).

1977

« Analyse du Pûrvakâmikâgama », (trad. par B. Dagens), BEFEO 64, p. 1-38.

1977-82

Matangapârameçvarâgama, avec le commentaire de Bhatta Râmakantha, éd. critique, 2 vol., Pondichéry, Institut français d'indologie (PIFI, 56 & 65).

1979

Sârdhatriçatikâlottara avec le commentaire de Râmakantha, éd. critique, Pondichéry, Institut français d'indologie (PIFI, 61).

1983

Rauravottarâgama, éd. critique, introd. et notes, Pondichéry, Institut français d'indologie (PIFI, 66).

2000

La religion de Çiva d'après les sources sanskrites, Palaiseau, Éditions Âgamât.